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[CP ANIA-FNIL] Accord de libre-échange UE/Nouvelle-Zélande : un coup fatal porté à la filière laitière ! La FNIL et l’ANIA appellent le Gouvernement à se mobiliser.

Après cinq années de négociations, l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande s’apprêtent à signer dans les prochains jour un accord de libre-échange, dont le volet consacré aux produits laitiers, s’il est adopté, risque de porter un coup fatal à l’ensemble de la filière laitière française.

La FNIL et l’ANIA, qui représentent les 50 000 acteurs de la filière industrielle laitière en France, s’opposent à tout accord entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande qui aurait un tel impact sur les produits laitiers. Elles appellent les décideurs publics à prendre leurs responsabilités pour défendre à Bruxelles une filière laitière forte, souveraine et performante.

Un contre-sens économique qui menace la souveraineté agroalimentaire française

Ce projet de libre-échange est déséquilibré au profit des produits laitiers néo-zélandais : ils bénéficieraient de droits de douane nuls et d’absence de quota après une première période de sept ans d’introduction progressive. Tous les produits laitiers sont concernés par cet accord (le beurre, le fromage, les poudres de lait demi-écrémé et de lait entier, les protéines de lactosérum concentré), qui prévoit même une libéralisation complète des fromages dits « bleus » et les fromages fondus.

Une situation qui répond à la quête de nouveaux débouchés de la Nouvelle-Zélande. Cette dernière fait face à un marché chinois en perte de vitesse dont elle est très dépendante ( -19% sur les poudres grasses au 1er trimestre 2022), tandis que la crise géopolitique impacte ses exportations vers la Russie.

A contrario, l’accord n’apporte aucun gain probant pour les produits laitiers français : la Nouvelle-Zélande, premier pays exportateur de produits laitiers au monde, importe peu de produits laitiers français, moins de 2 300 tonnes en 2021. Dans les faits, aucune réciprocité ne sera donc possible. Ces règles commerciales menacent demain l’avenir d’une filière qui représente 300 000 emplois dans tout le territoire, et un excédent commercial de près de 4 milliards d’euros.

Pour François-Xavier Huard et Jean-Philippe André, respectivement Président Directeur Dénéral de la FNIL et Président de l’ANIA : « Cette situation est inacceptable pour l’ensemble des acteurs de la filière laitière, qui n’a jamais été associée à la démarche. Cet accord menace l’avenir des producteurs laitiers qui seront les premières victimes, alors même qu’ils subissent déjà l’inflation de leurs coûts et une baisse régulière de la production depuis plusieurs années. Avec eux, ce sont l’ensemble des acteurs de la filière qui sont touchés, dont les entreprises de transformation qui maintiennent une activité économique et des emplois dans des territoires souvent ruraux. Nous ne laisserons pas la filière laitière être une monnaie d’échange ! ».

Une aberration environnementale, sans garantie pour le consommateur

En parallèle, la Nouvelle-Zélande n’a aucune obligation de respecter le même niveau d’exigence professionnelle et réglementaire que celui de la France dans sa production laitière, dont le projet « France, Terre de Lait » comprend notamment un objectif de promotion d’un export français durable.

L’accord prévoit donc d’ouvrir les marchés européens à des produits laitiers qui vont parcourir 20 000 kilomètres, alors même que la France et de nombreux pays en produisent déjà au sein de l’Union européenne, ce qui est totalement incohérent sur le plan environnemental. Le tout sans apporter aucune garantie aux consommateurs sur les qualités des aliments néozélandais importés, tant sur le plan sanitaire et nutritionnel, que sur la manière dont ils ont été produits (respect du bien-être animal, utilisation d’intrants…).

Le Président de la République plaide pourtant pour que des clauses miroirs figurent dans les traités commerciaux, afin de renforcer les normes sur les biens en provenance de l’étranger et limiter ainsi la concurrence agricole.

François-Xavier Huard et Jean-Philippe André appellent à une action immédiate de la France auprès de l’Europe : « Cet accord est l’opposé de ce que nous devrions faire en matière de planification écologique et de souveraineté alimentaire. Nous pouvons encore arrêter ce projet, mais avons besoin, pour cela du soutien de tous les décideurs et du gouvernement français. Qu’ils interviennent au plus vite auprès de la Commission européenne pour défendre une filière laitière forte, souveraine et performante ! »

Plusieurs entreprises adhérentes de la FNIL se sont mobilisées pour soutenir la démarche :

  • Groupe Lactalis
  • Savencia
  • Groupe Bel
  • Laiterie Saint Denis de l’Hôtel
  • Groupe Sill
  • Fromagerie Dischamp
  • Fromagerie Pré Forêt
  • Société Fromagère du Livradois
  • Capt et Fils
  • Laiterie du Haut Cantal
  • Fromagerie Beillevaire
  • Maison Collet
  • Laiterie Gerentes
  • Fromagerie Val de Sienne

La proposition de la Commission européenne à la Nouvelle-Zélande en chiffres clés :

  • Ouverture progressive sur 7 ans du marché européen sans droits de douane à hauteur de :
    • 15 000 tonnes pour le beurre
    • 20 000 tonnes pour le fromage
    • 13 500 tonnes pour les poudres de lait demi-écrémé et poudres de lait entier
    • 3500 tonnes pour les protéines de lactosérum concentré
    • Libéralisation complète pour les fromages « bleus » et les fromages fondus.
       
  • La Nouvelle-Zélande bénéficie déjà d’importants quotas d’importation vers l’UE (hérités de l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE) :
    • 75 000 tonnes de beurre (auxquelles s’ajouteraient 15 000 tonnes via le projet d’Accord)
    • 11 000 tonnes de fromage (auxquelles s’ajouteraient 20 000 tonnes, et aucune limite pour les fromages bleus et les fromages fondus)