-

Energie et changement climatique: quels enjeux et quels leviers de compétitivité pour l'industrie agroalimentaire?

En vue de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 21) qui se déroulera à Paris à la fin de l’année 2015, l’ANIA et le cabinet de consulting ENEA ont organisé un grand colloque intitulé « Energie et changement climatique, enjeux et leviers de compétitivité pour l’industrie agroalimentaire » le 10 avril dans les locaux d’AG2R-La Mondiale à Paris. En présence de Stéphane LE FOLL, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, l’évènement a réuni plus de 160 participants autour d’experts scientifiques et de chefs d’entreprise venus débattre des grands défis environnementaux et partager leurs bonnes pratiques. 

« Je suis ravi de voir autant de monde mobilisé autour d’un combat qui nous unit toutes et tous, celui de la lutte contre le changement climatique. Un combat qui unit les générations, qui unit les pays, qui unit expertises et qui unit les forces du premier secteur industriel de France. » a déclaré Jean-Philippe GIRARD, Président de l’ANIA

Pour ouvrir le colloque et introduire les débats, Emmanuel JULIEN, directeur associé d’ENEA consulting, a présenté un panorama prospectif des impacts de la transition énergétique pour le secteur agroalimentaire.

« La transition énergétique est déjà enclenchée, portée aujourd’hui par une volonté politique, et demain par des énergies nouvelles de plus en plus compétitives. Elle verra naître des systèmes énergétiques de plus en plus décentralisés, créateurs d’opportunités pour les industries agroalimentaires. » a déclaré Emmanuel JULIEN

Parmi les leviers, l'efficacité énergétique est un élément majeur pour lutter contre le changement climatique et améliorer la compétitivité des entreprises agroalimentaires de France.

 

Quelles évolutions du paysage énergétique ?

La première table ronde a réuni Richard LAVERGNE (DGEC), Damien SIESS (ADEME), Jean-Pascal NEDELEC (GDF SUEZ), Alexis DUVAL (Groupe TEREOS), Francis PERRIN (Economiste) et Denis CLODIC (Co-Prix Nobel GIEC et membre de l’Académie des Technologies).

 

L’évolution du mix énergétique français, européen et mondial vers une plus grande diversification a été au cœur des discussions. Dans ce cadre, les logiques industrielles et énergétiques se rejoignent pour encourager de nouveaux modèles de production et de récupération d’énergies reposant sur les principes de l’économie circulaire.

Le défi est mondial car il sera nécessaire d’anticiper et de concilier le développement des pays émergents et la protection du climat. La transition énergétique reposera toutefois sur les acteurs et les initiatives locales pour accompagner les modes de production et de consommation de l’énergie.  Les industries agroalimentaires auront un rôle stratégique à jouer dans cette mutation.

Dans un contexte de renchérissement prévisible de l’électricité et des hydrocarbures, la valorisation locale de la biomasse, notamment pour l’autoconsommation, apparaît comme une tendance lourde et particulièrement bien adaptée à l‘industrie alimentaire.

 

Chiffres clés

 

- Les émissions de CO2 des IAA représentent 4% des émissions totales en France

- La filière alimentaire dans son ensemble représente 30% des émissions françaises de gaz à effet de serre

- L'industrie agroalimentaire est la 3e industrie en termes de consommation d’énergies (après la chimie et la métallurgie)

- Pour les IAA, les achats d’énergies représentent le 2eme poste de dépense après l’achat de matières premières

- La facture énergétique des IAA devrait augmenter d’1 milliard d’euros d’ici 2030 (soit 12% du résultat et 30% dans le cas des IAA les plus intensives en énergie)

 

Quelles actions des IAA pour prendre en compte ces évolutions ?


La seconde table ronde a réuni un panel de dirigeants d’entreprises Thierry GAILLARD (ORANGINA SCHWEPPES et Vice-Président de l’ANIA en charge du Développement Durable), Sophie SOUIED (UNILEVER), Gaëlle BARON (SILL), Gianfranco PATRUCCO (ROQUETTE), Kristell GUIZOUARN (AVRIL) et Gérard LEBAUDY (BISCUITERIE DE L’ABBAYE).

De nombreuses actions ont déjà vu le jour au sein d’entreprises de toutes tailles : réalisation de diagnostics, mise en place de chaudières biomasse, de dispositifs de cogénération et de méthanisation des déchets, optimisation des process existants, renouvellement progressif du parc industriel, accompagnement au changement des comportements des consommateurs, etc. La solution unique n’existe évidemment pas et les efforts doivent être partagés entre tous les acteurs. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de généraliser les bonnes pratiques, faire preuve d’intelligence collective, de créativité et d’innovation.

 

Toutes les actions déjà initiées par les industries nécessitent des efforts soutenus de formation auprès des équipes et s’inscrivent dans une démarche globale de responsabilité et de compétitivité sur le long terme, face aux objectifs considérables fixés en matière de réduction des émissions de CO2 et de consommation d’énergie

Tous les acteurs industriels sont mobilisés. Quatre types de freins ont toutefois été identifiés :

  1. Administratifs. Car les démarches sont lourdes et peuvent diluer la capacité d’action.
  2. Financiers. Car le temps de retour sur investissement est très long.
  3. Matériels. Par exemple, les alternatives au camion ne sont pas encore bien adaptées.
  4. Economiques. Car la protection de l’environnement a un coût. Et ce coût doit être partagé avec tous les acteurs de la chaîne.

 

« Le changement climatique impose à notre secteur une équation exigeante : comment nourrir 9 milliards de personnes en 2050 tout en préservant notre climat. Produire plus et produire mieux. Concilier au mieux transition écologique et compétitivité. Ce défi immense nécessite un investissement massif de notre part. Pour y parvenir, nous avons besoin de simplification, de visibilité et de stabilité. » a expliqué Jean-Philippe GIRARD, Président de l’ANIA

Dans son intervention de clôture, le ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane LE FOLL, a insisté sur le fait que « la lutte contre le changement climatique n’était pas seulement une responsabilité morale mais un enjeu stratégique pour les IAA ».

« Le message le plus important aujourd’hui est d’appeler de tous nos vœux à l’intelligence collective. Une intelligence au service de la double performance économique et énergétique des IAA, afin d’améliorer la compétitivité des  entreprises. » a indiqué Stéphane LE FOLL

En conclusion il a annoncé la convocation rapide d’une réunion à haut niveau du groupe de travail
« Défi vert » créé dans le cadre du Comité stratégique de filière, avec pour objectif d’identifier les projets d’investissements des IAA susceptibles de s’inscrire dans le « mécanisme de soutien » à l’investissement annoncé par le Chef de l’Etat le 3 avril dernier.