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[TRIBUNE EXPORT] « Quand la France se réveillera… »

Tribune de Jean-Philippe Girard à l'occasion du SIAL 2016

« Quand la France se réveillera… »

 

Par Jean-Philippe Girard, Président de l’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA), le 13 octobre 2016

 

 

En 1973, Alain Peyrefitte nous mettait en garde sur l’éveil de la Chine, qui est devenu le géant que nous connaissons. Pendant ce temps, en France, nous nous sommes assoupis. Un secteur stratégique pour la France, sa filière alimentaire, est désormais confronté à des vents défavorables sur la scène internationale. En 2016, c’est à notre tour de nous réveiller !

 

La France agricole et agroalimentaire a un immense potentiel. Pourtant, année après année, nous perdons nos positions dans le commerce mondial. Il est donc nécessaire de se mobiliser pour reconquérir notre leadership. L’heure du sursaut est venue ! Et cela tombe bien car du 16 au 20 octobre se déroulera à Villepinte le plus grand salon international de l’alimentation : le SIAL. Il accueillera des centaines de milliers de visiteurs professionnels venus de tous les coins du monde. Les entreprises agroalimentaires de France y seront évidemment à l’honneur.

 

Honneur mérité car nos forces sont nombreuses et reconnues. L’agroalimentaire reste le 1er secteur industriel français. Avec plus de 16 000 entreprises, dont 98% de TPE-PME, implantées sur tout le territoire, qui transforment 70% de la production agricole française, qui emploient plus de 440 000 salariés et qui génèrent plus de 170 milliards d’euros de chiffres d’affaires, l’agroalimentaire est un acteur majeur de notre économie. De plus, la France est toujours un leader reconnu en matière de qualité et de sécurité des aliments, de savoir-faire, de spécialités régionales, de terroirs d’exception. La France bénéficie d’une image associée au plaisir, à la convivialité, au bien-manger et au bien vivre

 

Nos produits sont appréciés. Nous exportons pour plus de 44 milliards d’euros de produits alimentaires notamment nos vins, nos spiritueux, nos bières, nos confiseries, nos chocolats, nos produits laitiers, nos viandes et nos produits à base de fruits et légumes ou de céréales. En 2015, le solde commercial de l’agroalimentaire français était excédentaire de 8.1 milliards d’euros alors que la balance commerciale française tous secteurs confondus restait significativement déficitaire de plus 48 milliards d’euros. Et notre potentiel de développement reste très important. Plus des deux tiers de nos exportations sont à destination des pays de l’Union Européenne, les marchés américains, asiatiques et africains sont des destinations encore sous exploitées et à conquérir.

 

Malgré tous nos atouts, nous avons perdu notre leadership international. C’est une réalité. Nous sommes passés de la 2ème à la 4ème place mondiale des exportateurs de produits alimentaires transformés en 12 ans. Les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas sont désormais devant nous et la Chine progresse à pas de géant dans notre sillage.

 

Ne nous serions-nous pas endormis sur nos lauriers ? Ne nous serions nous pas trop enorgueillis de notre excellence ? Plus que nécessaire, notre sursaut doit donc être immédiat. Les estimations à date pour l’année 2016 nous invitent à redoubler de moyens et d’ardeurs pour reconquérir notre rang. Les estimations à fin août 2016 annoncent un excédent commercial en fin d’année d’un peu plus de 6.8 milliards d’euros, certes toujours positif mais en recul d’1.3 milliards par rapport à 2015. Notre plus bas niveau depuis 2010.

 

Entreprises agroalimentaires et pouvoirs publics, à nous de changer la donne. A nous de changer la façon de penser la place de notre industrie alimentaire en France. A nous de nous redonner les moyens de notre ambition. Je nous invite collectivement à penser différemment, à penser ailleurs, à penser demain.

 

Pensons différemment d’abord :

-considérons l’agroalimentaire comme un levier de développement pour la France et facilitons lui les démarches en poursuivant les actions de diplomatie économique 

-ne considérons plus l’industrie alimentaire comme un guichet fiscal pour venir combler les déficits de l’Etat par de nouvelles taxes 

-n’alourdissons plus nos entreprises de coûts, de normes et de contraintes franco-françaises

-ne limitons plus notre légitimité aux produits haut de gamme mais étendons notre influence sur tous les segments de marché

 

Pensons « ailleurs » ensuite :

- allons ensemble à la conquête de nouveaux marchés grâce à l’exportation collaborative car lorsque 8 entreprises allemandes sur 10 exportent, nous ne sommes que 2 sur 10 en France

- accompagnons davantage nos PME car 66% de l’export en France est réalisé par des entreprises de plus de 250 salariés. C’est l’ambition de l’ANIA avec la démarche « Réussir ensemble à l’international » où de grands groupes viennent soutenir de plus petites structures

- valorisons et partageons les bonnes pratiques car nos réussites sont nombreuses et inspirantes

- adaptons notre offre de produits et nos gammes aux goûts et aux attentes des consommateurs d’ailleurs

 

Pensons « demain » enfin:

- capitalisons sur nos filières d’excellence comme les protéines ou les ferments du futur

- poursuivons nos démarches d’innovation produit et de créativité alimentaire car nous savons que 70% des entreprises exportatrices innovent

- renforçons nos actions pour une innovation toujours plus responsable et plus durable

- soyons numérique, digital, multicanal, et restons à l’écoute de tous nos consommateurs

   

Nous avons en main les clés de notre réussite future. Nous devons agir individuellement et collectivement avec fierté, responsabilité et ambition. Face aux défis du XXIème siècle, nous sommes collectivement  la force du passé et la garantie de l’avenir. Nous sommes la tradition et l’innovation. Nous sommes la qualité, la quantité, la diversité. Nous sommes la dynamique de nos terroirs et de nos territoires. Nous sommes la proximité et l’ouverture.

 

Réveillés et unis, nous sommes une force pour la France !

 

Jean-Philippe GIRARD